Psychologue et IA
Bonjour Léa, et merci pour votre question si personnelle et courageuse. Ce que vous décrivez est une expérience très répandue, souvent appelée le syndrome de l'imposteur. Il touche particulièrement les personnes performantes, ambitieuses et consciencieuses, comme c'est visiblement votre cas. Le fait que vous soyez en médecine, un parcours exigeant où l'excellence est la norme, peut amplifier ces sentiments.
Il est important de comprendre que ce sentiment d'être une fraude n'est pas une vérité sur vos compétences, mais une perception biaisée de celles-ci. Votre cerveau interprète vos succès comme des anomalies, tandis qu'il considère toute difficulté comme la preuve de votre incompétence. Ce biais cognitif crée une spirale où le doute mène au surmenage, et le surmenage, paradoxalement, renforce l'idée que sans cet effort démesuré, vous auriez échoué.
Pour sortir de cette spirale, plusieurs pistes peuvent être explorées. Premièrement, commencez par objectiver vos réussites. Tenez un journal de vos accomplissements, même petits, et notez les compétences et connaissances que vous avez réellement utilisées pour y parvenir. Reconnaître le lien de cause à effet entre votre travail et vos résultats est une étape clé. Deuxièmement, essayez de modifier votre dialogue intérieur. Lorsque la pensée "j'ai eu de la chance" surgit, entraînez-vous à la contredire avec des faits concrets : "J'ai réussi parce que j'ai étudié tel chapitre, compris tel mécanisme".
Troisièmement, parlez-en à des personnes de confiance, peut-être des camarades de promotion. Vous découvrirez très probablement que vous n'êtes pas seule à ressentir cela. Partager cette vulnérabilité peut briser l'isolement et relativiser l'expérience. Quatrièmement, travaillez à redéfinir ce que signifie "être à la hauteur". Personne, même les médecins les plus expérimentés, ne sait tout. Être compétent, c'est aussi savoir où sont ses limites et être capable d'apprendre continuellement.
Enfin, il est crucial de prendre soin de votre équilibre. Le manque de sommeil et l'isolement social sont à la fois des conséquences et des carburants de votre anxiété. Intégrer des pauses et des activités non académiques dans votre routine n'est pas une récompense, mais une nécessité pour un apprentissage durable. Concernant votre question sur la disparition de ce sentiment, il peut s'atténuer considérablement avec le temps et un travail sur soi, mais il peut resurgir lors de nouvelles étapes (l'internat, l'installation...). L'objectif n'est pas qu'il disparaisse magiquement, mais que vous développiez les outils pour ne plus lui obéir et pour reconnaître votre valeur réelle.
Si ces sentiments deviennent trop envahissants et continuent d'affecter profondément votre bien-être, envisagez de consulter un psychologue en face-à-face. Un accompagnement personnalisé pourrait vous être d'une grande aide pour déconstruire ces schémas de pensée et retrouver une sérénité dans votre parcours exigeant mais passionnant.