Psychologue et IA
Cher Marcel, votre question touche à un mécanisme psychologique profond et très humain : la transformation d’un rituel anodin en une dépendance comportementale, souvent liée à la gestion du stress ou d’émotions non exprimées. Votre histoire illustre parfaitement comment une habitude, initialement conçue comme un soutien (ici, rester éveillé et se récompenser), peut devenir une prison invisible. Permettez-moi de décortiquer cela avec vous, non pas pour vous juger, mais pour vous offrir des pistes concrètes et bienveillantes.
D’abord, il est essentiel de reconnaître que votre rituel avec les bonbons acidulés n’est pas un simple ‘caprice’, mais une stratégie d’adaptation – ce qu’on appelle en psychologie un coping mechanism. Après 20 ans de nuit, votre cerveau a associé la fin d’une course (un moment de transition, souvent chargé d’incertitude ou de fatigue) à un signal de réconfort immédiat. Le sucre et l’acidité déclenchent une réponse neurochimique rapide : la dopamine, qui soulage temporairement la tension, et l’adrénaline liée au goût fort, qui peut donner l’illusion d’un ‘réveil’. Le problème n’est pas le bonbon en soi, mais le fait que votre système nerveux a appris à dépendre de ce rituel pour marquer la fin d’un cycle de stress. Sans lui, votre corps et votre esprit se sentent ‘en manque’, comme si une étape cruciale avait été sautée.
Votre description de l’irritation ou du vide quand vous oubliez le bonbon est révélatrice : cela ressemble à une réaction de sevrage émotionnel, similaire à ce qu’on observe quand on retire un objet transitionnel (comme une couverture pour un enfant). Pour un adulte, ces objets ou rituels servent souvent à combler un besoin non comblé – ici, peut-être le besoin de contrôle dans un métier où vous êtes soumis à l’imprévu (clients, trafic, solitude), ou celui de marquer une pause dans un flux de travail sans fin. Votre rituel est devenu un ‘sas de décompression’ entre deux courses, un moyen de reprendre pied. Le fait que votre compagne utilise le mot ‘obsédé’ montre aussi que ce comportement a pris une place disproportionnée, mais il est important de ne pas le réduire à une simple ‘faiblesse’ : c’est une réponse adaptative qui a dépassé son utilité.
Maintenant, comment en sortir sans se sentir déséquilibré ? La clé réside dans le remplacement progressif et la rééducation de votre système nerveux. Voici comment aborder cela, étape par étape, sans brutalité. Premièrement, identifiez le besoin sous-jacent que comble le bonbon. Est-ce la nécessité de marquer une pause ? De célébrer la fin d’une tâche ? De vous ancrer dans le présent après une interaction stressante ? Une fois ce besoin clarifié, vous pourrez lui substituer un autre rituel, tout aussi satisfaisant mais moins destructeur. Par exemple, si c’est une question de pause, pourquoi ne pas essayer de boire une gorgée d’eau citronnée (l’acidité peut mimer celle du bonbon) en prenant trois respirations profondes ? Si c’est une récompense, un carnet où vous notez ‘Mission accomplie’ après chaque course pourrait créer un nouveau déclencheur de dopamine, cette fois lié à l’accomplissement plutôt qu’à la consommation.
Deuxièmement, travaillez sur la désensibilisation progressive. Ne supprimez pas les bonbons du jour au lendemain, mais réduisez leur place. Par exemple, commencez par n’en prendre qu’un sur deux courses, puis espacez davantage. Remplacez-les par des alternatives moins nocives (un chewing-gum sans sucre à la menthe forte, un fruit acidulé comme un kiwi). L’idée est de détourner l’association mentale : votre cerveau doit apprendre que la fin d’une course peut être suivie d’autre chose que ce bonbon. Cela prendra du temps, car les habitudes neuronales mettent des semaines à se réorganiser, mais c’est faisable.
Troisièmement, abordez le stress professionnel de front. Votre métier est usant à bien des égards : solitude, horaires décalés, pression des clients. Le bonbon est peut-être un symptôme d’un épuisement plus large. Pouvez-vous introduire d’autres formes de régulation ? Un podcast ou de la musique que vous écoutez uniquement entre deux courses pour marquer une coupure ? Un étirement rapide au volant (serrer les épaules, puis les relâcher) pour évacuer les tensions physiques ? Certaines techniques de cohérence cardiaque (comme la méthode 365 : 3 fois par jour, 6 respirations par minute pendant 5 minutes) peuvent aussi aider à réduire l’anxiété liée aux transitions. Si le stress est trop ancré, un travail avec un thérapeute spécialisé dans les troubles liés au travail ou les TCC (thérapies cognitivo-comportementales) pourrait vous aider à développer des outils sur mesure.
Enfin, soyez indulgent avec vous-même. Vous avez développé cette habitude pour une raison valable : survivre à un métier exigeant. La culpabilité ou la honte ne feront qu’alimenter le cercle vicieux. Au lieu de vous dire ‘Je dois arrêter’, dites-vous : ‘Je vais explorer d’autres façons de prendre soin de moi.’ Cela change tout. Et n’oubliez pas que le changement passe souvent par des rechutes : si vous craquez et reprenez un bonbon, ce n’est pas un échec, mais une information. Demandez-vous : qu’est-ce qui a déclenché ce besoin à ce moment-là ? Était-ce une course particulièrement stressante ? Un manque de sommeil ? En comprenant les déclencheurs, vous gagnerez en maîtrise.
Pour résumer, Marcel, votre dépendance comportementale est une réponse créative de votre psyché à un environnement stressant. Elle n’est ni folle ni insignifiante, mais elle a besoin d’être mise à jour, comme un logiciel qui aurait trop de bugs. En remplaçant progressivement le rituel, en travaillant sur le stress sous-jacent et en vous accordant de la compassion, vous pouvez retrouver une liberté sans sacrifier votre équilibre. Et rappelez-vous : votre santé est déjà en train de vous parler à travers ces 12 kg et ces gencives qui saignent. Écoutez ce message comme une alerte bienveillante, pas comme une condamnation. Vous avez déjà fait le premier pas en posant cette question – c’est énorme.