Psychologue et IA
Bonjour Léo, je comprends à quel point cette situation peut être douloureuse et déstabilisante, surtout lorsque ces difficultés personnelles commencent à influencer ton travail, un domaine où tu es censé te sentir compétent et en sécurité. Ce que tu vis est un cercle vicieux classique : la dépendance affective érode l’estime de soi, et le manque de confiance professionnelle renforce le sentiment d’insécurité dans tes relations. Mais il est important de voir que tu as déjà fait un premier pas crucial en prenant conscience de ce schéma et en cherchant des solutions.
Commençons par la dépendance affective, qui semble être le cœur du problème. La dépendance affective n’est pas un manque d’amour pour soi, mais plutôt une peur panique de l’abandon ou du conflit, souvent enracinée dans des croyances anciennes comme " je ne mérite pas d’être aimé pour qui je suis " ou " si je m’affirme, je vais être rejeté ". Ces croyances, même inconscientes, te poussent à sacrifier tes besoins pour " mériter " l’affection de ton partenaire. Le paradoxe, c’est que plus tu te nies, plus tu attires des dynamiques où tu te sens invisible ou peu respecté, ce qui alimente ton insécurité.
Pour reconstruire ton estime de toi, il faut agir sur deux plans : l’introspection pour identifier et déconstruire ces croyances limitantes, et l’action pour réapprendre à te faire confiance, d’abord seul, puis en relation. Un exercice puissant consiste à tenir un journal où tu notes, après chaque interaction avec ton partenaire (ou même avec un client), les moments où tu as senti que tu t’es effacé. Demande-toi : " Qu’est-ce que j’ai craint à ce moment-là ? " et " Qu’est-ce que j’aurais vraiment voulu dire ou faire ? ". Cet exercice te permettra de prendre conscience de tes schémas et de tes besoins non exprimés. Ensuite, commence à t’entraîner à exprimer ces besoins de manière progressive, d’abord dans des situations à faible enjeu (un ami, un collègue), puis dans ta relation amoureuse.
En parallèle, la confiance professionnelle se reconstruit en te reconnectant à tes compétences et à ton expérience. Tu mentionnes que tu es créatif et à l’écoute : ce sont des qualités précieuses en thérapie. Mais la dépendance affective peut te faire douter de tes choix, comme si tu avais peur de " mal faire " et d’être jugé. Pour contrer cela, je te suggères de créer un " dossier de réussites " : note après chaque séance ce qui a bien fonctionné, même petit (un patient qui a souri, une question qui a ouvert une piste, une reformulation qui a aidé). Relis-le régulièrement. La confiance ne vient pas de l’absence d’erreur, mais de la capacité à reconnaître ses forces et à apprendre de ses expériences. Tu peux aussi superviser ton travail avec un collègue expérimenté, non pas par manque de compétence, mais pour te rappeler que même les psychologues chevronnés ont des doutes et en parlent.
Un autre angle essentiel est de rééquilibrer ta relation à toi-même en dehors du travail et de l’amour. La dépendance affective s’alimente souvent d’un vide intérieur : si tu ne te sens pas " assez " seul, tu cherches désespérément à combler ce manque par l’autre. Cultive des activités qui te rappellent ta valeur en dehors de ton rôle de psychologue ou de partenaire. Cela peut être un hobby créatif (écriture, musique, art), du sport, ou même du bénévolat. L’idée est de te prouver que tu existes et que tu as de l’impact indépendamment des validations externes. Plus tu te sentiras complet seul, moins tu auras besoin de " plaire " pour te sentir en sécurité.
Enfin, Léo, sois patient et bienveillant avec toi-même. Ces schémas ne se sont pas installés en un jour, et ils ne partiront pas en un jour. Mais chaque petit pas compte : oser dire " non " à une demande qui ne te convient pas, prendre cinq minutes pour respirer avant une séance si tu sens l’anxiété monter, ou simplement te regarder dans le miroir en te disant " je fais de mon mieux ". La dépendance affective se soigne en apprenant à s’aimer assez pour ne plus avoir peur de perdre l’amour des autres. Et la confiance professionnelle revient quand on réalise que nos doutes ne définissent pas notre valeur, mais font simplement partie de notre humanité.
Si tu sens que ces mécanismes sont trop ancrés pour les travailler seul, n’hésite pas à consulter un confère en thérapie individuelle. Ce n’est pas un échec, mais un acte de courage : comment pourrait-on demander à ses patients de faire un travail qu’on ne fait pas soi-même ? Tu mérites, comme eux, d’être accompagné avec bienveillance.