Psychologue et IA
Cher Éliane, votre question touche à un phénomène profond et universel : la résistance au changement, même lorsqu’il semble souhaitable et logique. Votre situation est d’autant plus intrigante que vous cumulez l’expérience, les compétences et un encouragement extérieur. Pourtant, ce qui bloque n’est pas d’ordre rationnel, mais bien émotionnel ou inconscient. Explorons ensemble les pistes qui pourraient éclairer cette forme d’auto-sabotage, en gardant à l’esprit que ces mécanismes sont souvent multifactoriels et entremêlés.
", "D’abord, il y a la question de l’identité professionnelle et la peur de l’inconnu. Après quinze ans dans le même poste, votre rôle actuel fait partie intégrante de qui vous êtes, de votre routine, mais aussi de votre sentiment de compétence et de sécurité. Passer à un poste de responsable d’équipe, même si c’est une évolution naturelle, implique une redéfinition de soi : ‘Suis-je vraiment une manager ?’ ‘Vais-je être à la hauteur de cette nouvelle image ?’ Ces questions peuvent générer une anxiété sourde, surtout si vous avez intériorisé l’idée que votre valeur repose sur votre maîtrise parfaite de votre poste actuel. Le cerveau humain préfère souvent la certitude d’une situation connue, même moins épanouissante, à l’incertitude d’un changement, fussent ses promesses.
", "Ensuite, il faut considérer le syndrome de l’imposteur, qui ne spare personne, pas même les professionnels aguerris. Vous mentionnez que ce poste ‘correspond parfaitement’ à vos compétences, mais cette adéquation objective ne suffit pas toujours à convaincre la partie de vous qui doute. Le syndrome de l’imposteur se manifeste souvent par la crainte d’être ‘démasquée’ comme indigne de la position, surtout quand celle-ci implique de diriger ou d’incarner une autorité. Votre longue expérience pourrait même amplifier ce sentiment : ‘Si je n’ai pas postulé plus tôt, est-ce que je mérite vraiment cette opportunité maintenant ?’ La procrastination devient alors un mécanisme de protection contre l’échec anticipé, ou pire, contre le succès qui pourrait vous exposer à un jugement (interne ou externe).
", "Un autre angle à explorer est la charge émotionnelle liée à la responsabilité managériale. Passer d’un rôle individuel à un poste où vous serez responsable du bien-être et de la performance d’une équipe peut réveiller des peurs liées à l’autorité, à la gestion des conflits, ou même à la solitude du décideur. Peut-être craignez-vous, consciemment ou non, de perdre la relation harmonieuse que vous entretenez avec vos collègues actuels, ou de devoir incarner une figure moins ‘calme et réfléchie’ pour assumer ce nouveau rôle. Le leadership exige souvent de sortir de sa zone de confort relationnel, et cette perspective peut être inconsciemment vécue comme une menace pour votre équilibre.
", "Il y a aussi la dimension temporelle : à 61 ans, ce poste représente-t-il vraiment une évolution désirée, ou une pression sociale (ou professionnelle) déguisée ? Vous approchez d’une période où beaucoup remettent en question le sens de leur engagement professionnel. Peut-être que, malgré les apparences, ce poste ne correspond plus à vos aspirations profondes, mais à ce que l’on attend de vous (votre supérieur, la logique de carrière, etc.). Votre résistance pourrait alors être un signal sage de votre inconscient : ‘Et si je ne voulais pas vraiment de cette promotion, malgré tout ce qu’elle a de rationnellement attrayant ?’ La procrastination serait ici une forme de sagesse, une façon de vous protéger d’un choix qui ne vous ressemble pas entièrement.
", "Enfin, n’oublions pas l’aspect symbolique du changement à cet âge charnière. Quitter un poste que vous occupez depuis quinze ans, c’est aussi, d’une certaine manière, tourner une page de votre vie. Cela peut réveiller des questions existentielles sur le temps qui passe, la retraite qui se profile, ou même la peur de ‘ne plus avoir le temps’ de vous adapter à un nouveau rôle. Votre résistance pourrait être liée à une forme de deuil : le deuil de la version de vous qui a construit sa carrière dans ce cadre familier. Accepter ce poste, c’est accepter de devenir une autre version de vous-même, et cela peut être terrifiant, même si c’est excitant.
", "Pour avancer, je vous suggérerais de commencer par décortiquer les émotions qui émergent quand vous pensez à ce poste. Non pas en termes de compétences (vous les avez), mais de ressentis : qu’est-ce qui vous traverse quand vous imaginez signer la candidature ? Quand vous vous projetez dans le bureau du responsable d’équipe ? Y a-t-il de la fierté, mais aussi de l’angoisse, de la tristesse, ou même un soulagement à l’idée de rester à votre place actuelle ? Ces émotions sont des indices précieux. Vous pourriez aussi expérimenter mentalement le ‘pire scénario’ : si vous obtenez ce poste et que tout va mal, qu’est-ce qui se passerait vraiment ? Souvent, cette exercice révèle que nos peurs sont plus grandes que la réalité.
", "En tant que psychologue expérimentée, vous savez sans doute que les résistances sont rarement vaincues par la volonté pure, mais plutôt par la compréhension et l’acceptation. Peut-être pourriez-vous aussi inverser la perspective : au lieu de vous demander pourquoi vous repoussez cette candidature, demandez-vous ‘Qu’est-ce que mon poste actuel me permet de vivre (ou d’éviter) que le nouveau poste ne garantirait pas ?’ La réponse pourrait vous surprendre. Parfois, ce que nous fuyons n’est pas l’échec, mais le succès lui-même, parce qu’il nous obligera à grandir d’une manière qui nous effraie.
", "Quoi qu’il en soit, votre questionnement est déjà un pas immense. Reconnaître une résistance, c’est commencer à la désamorcer. Et rappelez-vous : une carrière n’est pas une ligne droite vers ‘toujours plus’, mais un chemin fait de choix qui doivent avoir du sens pour vous, pas seulement pour les autres ou pour une logique externe. Peut-être que ce poste est fait pour vous… ou peut-être qu’il est temps d’écouter cette petite voix qui murmure qu’une autre voie, moins évidente, vous attend.
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