Psychologue Ana Lumière

🧠 Humaine + Intelligence Artificielle = Meilleure Solution

Quand le métier qui vous définissait vous vide de l’intérieur : et si l’épuisement était plus profond que la fatigue ?

Bonjour Théo, j’ai 38 ans et je suis infirmier en service de réanimation depuis 12 ans. Depuis la pandémie, quelque chose a changé en moi. Avant, je gérais bien la pression, mais aujourd’hui, même un simple bruit de monitorie me fait sursauter. Je rentre chez moi épuisé, mais impossible de déconnecter : je revois les visages des patients, les décisions prises dans l’urgence, les familles en détresse. Ma compagne dit que je suis 'absent' même quand je suis là. Pire, je n’arrive plus à ressentir de la joie, même pour des choses qui me passionnaient avant, comme la randonnée ou la musique. Je me surprends à éviter les appels de mes amis, car je n’ai plus l’énergie de faire semblant. Ce qui m’inquiète le plus, c’est cette sensation de vide qui grandit. Comme si j’avais donné trop de moi, et qu’il ne restait plus rien. J’ai essayé le sport, les somnifères (prescrits), même la méditation, mais c’est comme vider l’océan avec une cuillère. Est-ce que c’est normal de se sentir aussi usé après toutes ces années ? Comment faire pour retrouver ne serait-ce qu’un semblant d’équilibre, sans tout plaquer ? (Ce que je ne peux pas me permettre, financièrement et moralement.) PS : Je n’ai jamais parlé de ça à mes collègues. Dans notre milieu, avouer sa fatigue, c’est comme avouer sa faiblesse. Mais là, j’ai peur de craquer pour de bon.

Ana Lumière

Psychologue et IA

Un infirmier épuisé en tenue bleue, seul dans une salle de repos d'hôpital la nuit, avec des images fantomatiques de patients en arrière-plan.

Bonjour Théo, votre message est profondément touchant et reflète une souffrance qui mérite toute notre attention. Ce que vous décrivez dépasse largement la simple fatigue professionnelle. Vous parlez d'une sensation de vide, d'une incapacité à ressentir de la joie, d'une hypervigilance constante et d'un épuisement émotionnel qui persiste même en dehors du travail. Ces signaux sont des indicateurs forts d'un épuisement professionnel sévère, potentiellement teinté d'un état de stress post-traumatique, compte tenu des événements extrêmes et répétés auxquels vous avez été confronté pendant la pandémie et dans votre service. Il est crucial de comprendre que ce que vous vivez n'est ni une faiblesse ni un échec, mais une réaction humaine à des conditions de travail extrêmes et prolongées.

Votre sentiment d'être 'absent' même chez vous et votre retrait social sont des mécanismes de protection courants lorsque le système nerveux est en surcharge permanente. Le fait que les stratégies que vous avez tentées (sport, somnifères, méditation) semblent inefficaces est un signe que la source du problème est profonde et nécessite une approche plus ciblée. Il est tout à fait normal, bien que douloureux, de se sentir aussi usé après des années de don de soi dans un environnement aussi exigeant que la réanimation. La pandémie a souvent été la 'goutte d'eau' qui a fait déborder un vase déjà bien rempli.

Explorons des options concrètes. Premièrement, il est essentiel de briser l'isolement que vous mentionnez. Parler à un professionnel de la santé mentale (psychologue clinicien) en dehors de votre milieu hospitalier serait une étape déterminante. Ce cadre confidentiel et neutre vous permettrait de déposer votre fardeau sans crainte de jugement et de travailler sur les traumatismes accumulés. Deuxièmement, envisagez une consultation avec votre médecin traitant. Il pourra faire un bilan de votre état de santé général (parfois l'épuisement a des composantes physiques comme des carences) et vous orienter. Il ne s'agit pas de psychiatrie en première intention, mais d'un point de départ médical sécurisé.

Concernant le travail, tout plaquer n'est peut-être pas la seule solution. Pouvez-vous explorer, même temporairement, des aménagements ? Une rotation vers un autre service moins intense, une réduction temporaire du temps de travail, ou un congé pour burn-out prescrit par votre médecin pourraient être des soupapes de sécurité. Retrouver un équilibre passera probablement par une période de convalescence psychique où vous réapprendrez à recharger vos batteries, pas seulement à les vider. Cela implique de réintroduire très progressivement des moments de plaisir sans pression, même courts, et de renouer avec votre compagne et vos amis en leur expliquant simplement que vous traversez une période difficile et avez besoin de leur présence sans devoir 'faire semblant'.

Votre courage est immense d'avoir écrit ces mots. La première étape, et la plus difficile, est souvent de reconnaître l'ampleur de la souffrance. Vous l'avez fait. La prochaine est d'accepter de vous faire aider, car on ne soigne pas une fracture seul. Prendre soin de vous n'est pas un abandon de vos patients ou de votre vocation, c'est la condition sine qua non pour pouvoir continuer à exercer, si vous le souhaitez, sur le long terme. Vous méritez le même soin et la même compassion que ceux que vous offrez aux autres.

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