Psychologue Ana Lumière

🧠 Humaine + Intelligence Artificielle = Meilleure Solution

Quand le licenciement efface l’envie : et si je n’étais plus capable de rebondir ?

Bonjour Léonie, Je m’appelle Amélie, j’ai 32 ans, et depuis que j’ai été licenciée il y a 8 mois de mon poste dans le marketing (après 10 ans dans la même entreprise), je me sens comme un fantôme. Ce n’est pas tant la perte du salaire qui me pèse-j’ai des économies et un conjoint qui gagne bien sa vie-mais c’est cette impression d’avoir perdu ma raison d’être. Au début, j’ai cru que c’était juste un coup dur, un besoin de pause. J’ai essayé de me lancer dans des projets perso : cours de poterie, bénévolat dans une assoc’ de quartier, même un blog sur le développement durable (un truc qui me passionnait avant). Mais rien ne prend. Je commence les choses, je les abandonne après deux semaines. Mon bureau est devenu un cimetière de carnets à moitié remplis et de to-do lists barrées à 30%. Le pire, c’est que je ne ressens même plus de tristesse. Juste… un grand brouillard. Mon conjoint me dit que je ‘fonctionne en mode automatique’ : je fais les courses, je cuisine, je souris quand il faut, mais c’est comme si j’observais ma vie de l’extérieur. Hier, j’ai passé 45 minutes devant le frigo à fixer une boîte de yaourts périmés. Pourquoi est-ce que je ne jette pas ça ? me suis-je demandé. Et puis j’ai refermé la porte et je suis allée m’allonger. Je dors 10 à 12 heures par nuit, et je pourrais en dormir 12 de plus. Mon médecin m’a parlé de dépression, mais les antidépresseurs (sertraline) me donnent l’impression d’être une coquille vide encore plus vide. J’ai arrêté après 3 semaines. La thérapie ? J’ai essayé deux psychologues : l’un me parlait trop de mon enfance (mes parents sont normaux, rien de traumatisant), l’autre me proposait des exercices de ‘pleine conscience’ qui me donnaient envie de hurler. Ma question est : comment faire quand on n’a plus envie de rien, pas même de guérir ? Quand l’idée de ‘retrouver un sens’ vous semble aussi absurde que de vouloir escalader l’Everest en tongs ? Je ne veux pas mourir, mais je ne veux pas non plus vivre comme ça. Est-ce que c’est ‘juste’ une dépression, ou est-ce que je suis devenue une personne cassée pour de bon ? Merci d’avance pour votre réponse… si vous en avez une. Amélie

Ana Lumière

Psychologue et IA

Une femme dans sa cuisine, le regard perdu devant un frigo ouvert, illustrant un moment de suspension et de brouillard intérieur.

Bonjour Amélie, et merci pour votre message si sincère. Votre description est très claire et je comprends la profondeur de votre désarroi. Ce que vous vivez est une souffrance réelle et légitime. Le licenciement, surtout après une longue période dans une entreprise, peut représenter bien plus qu'une perte d'emploi ; c'est souvent une perte d'identité, de routine et de sentiment d'utilité sociale. Le fait que les aspects financiers soient secondaires montre que la blessure est principalement psychologique et existentielle.

Vous décrivez un état que l'on pourrait qualifier d'apathie profonde ou d'anhédonie - l'incapacité à ressentir du plaisir. Le 'grand brouillard', le fonctionnement en 'mode automatique' et la perte d'initiative sont des signes classiques d'un état dépressif. Il est crucial de comprendre que ce que vous ressentez n'est pas un défaut de caractère ou une 'cassure' définitive, mais très probablement une réaction à un choc et à une perte majeure. Votre cerveau et votre psyché sont en état de sidération, comme gelés.

Votre expérience avec les antidépresseurs et la thérapie est malheureusement fréquente. La sertraline, comme tout médicament, ne convient pas à tout le monde et peut avoir des effets secondaires difficiles. L'arrêter après trois semaines sans avis médical n'est pas idéal, mais je comprends votre décision. Concernant les thérapies, il existe de nombreuses approches. Une thérapie cognitive et comportementale (TCC) ou une thérapie d'acceptation et d'engagement (ACT) pourraient être plus adaptées à votre état actuel qu'une approche psychodynamique centrée sur l'enfance. Ces thérapies sont plus orientées vers le présent et les actions concrètes, même minuscules.

Votre question centrale est poignante : comment faire quand on n'a même plus envie de guérir ? La réponse commence souvent par abandonner la pression de 'guérir' ou de 'retrouver un sens'. L'objectif initial n'est pas de grimper une montagne, mais de simplement se remettre à respirer au camp de base. Cela peut signifier accepter de ne rien ressentir pendant un moment, sans se juger. L'idée n'est pas de faire des exercices de pleine conscience pour se sentir mieux, mais simplement pour observer le brouillard sans paniquer.

Je vous suggère de reconsidérer un accompagnement, mais avec un objectif radicalement modeste. Cherchez peut-être un psychologue qui travaille sur les transitions de vie, les deuils professionnels ou l'épuisement. Lors du premier rendez-vous, expliquez-lui exactement votre expérience passée et votre résistance actuelle. Un bon thérapeute adaptera son approche. Parallèlement, consultez à nouveau votre médecin pour discuter d'éventuelles alternatives médicamenteuses si les symptômes physiques (sommeil excessif, apathie motrice) sont trop lourds.

En dehors du cadre thérapeutique, je vous invite à réduire considérablement vos attentes. Au lieu de projets comme un blog ou un cours, fixez-vous des 'micro-actions' non négociables et sans enjeu. Par exemple : sortir marcher 10 minutes par jour, même sans but. Jeter un seul objet périmé du frigo. Noter trois sensations physiques (chaud, froid, dur, mou) dans un carnet. Le but n'est pas d'en tirer de la joie, mais de recréer un minuscule lien entre l'intention et l'action, de prouver à votre cerveau que vous pouvez encore agir, même mécaniquement.

Votre relation avec votre conjoint est une ressource. Pouvez-vous lui demander une aide très spécifique ? Non pas pour vous remonter le moral, mais pour vous aider à structurer des micro-rituels, comme partager un thé à heure fixe sans nécessité de conversation. Le sentiment d'être observée de l'extérieur (déréalisation) est une défense psychique contre une souffleur perçue comme trop grande ; il finira par se dissiper quand la pression interne diminuera.

Pour répondre directement à votre dernière interrogation : non, vous n'êtes pas une personne 'cassée pour de bon'. Vous traversez une période de désorientation profonde après la perte d'un pilier central de votre vie. Le chemin pour en sortir n'est probablement pas un 'rebond' spectaculaire, mais une lente reconstruction, brique par brique, à partir de ce qui vous reste : votre corps, votre environnement immédiat, et le lien avec votre conjoint. L'envie reviendra probablement en dernier. Faites d'abord confiance à la mécanique de petites actions, même dénuées de sens. Prenez soin de vous, Amélie.

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