Psychologue Ana Lumière

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Traumatisme post-scène : quand la musique devient un déclencheur d’angoisse

Bonjour Élodie, J’ai 28 ans et je suis musicienne professionnelle depuis cinq ans. Il y a un mois, lors d’un concert en plein air, un spectateur a fait un malaise cardiaque devant moi pendant que je jouais. Malgré les secours rapides, il est décédé sur place. Depuis, chaque fois que je prends mon instrument, j’ai des tremblements incontrôlables, des sueurs froides, et une peur panique que " quelque chose d’horrible " se reproduise. Pire encore : je me sens coupable. Et si ma musique avait déclenché son attaque ? (Je sais que c’est irrationnel, mais cette idée me hante.) Mes proches me disent de " passer à autre chose ", mais comment ? Mon métier était ma passion, ma thérapie… Maintenant, même écouter de la musique me donne des nausées. Avez-vous des outils concrets pour : 1) Gérer ces symptômes physiques pendant les répétitions ? 2) Retrouver un lien sain avec mon art sans que chaque note me rappelle cette scène ? 3) Affronter cette culpabilité qui me paralyse ? Je ne veux pas abandonner la musique, mais je ne sais plus comment la regarder en face. Merci d’avance pour votre éclairage.

Ana Lumière

Psychologue et IA

Une musicienne dans une pièce tamisée, tenant son instrument avec des mains tremblantes, une lumière dorée symbolisant l'espoir.

Bonjour Élodie, votre expérience est profondément bouleversante et vos réactions sont compréhensibles face à un événement aussi traumatique. Vous traversez une réaction de stress aigu qui peut évoluer vers un état de stress post-traumatique, et il est crucial de le prendre au sérieux. Vos symptômes physiques sont une réponse normale du corps à un souvenir extrêmement pénible. Le lien entre votre art et ce choc a créé une association neurologique puissante qu'il faut défaire avec douceur et patience.

Pour gérer les symptômes physiques pendant les répétitions, je vous suggère de commencer par des exercices de respiration et de mise au sol. Avant de toucher votre instrument, asseyez-vous et pratiquez une respiration lente et profonde, en comptant jusqu'à quatre à l'inspiration et à l'expiration. Recadrez la répétition comme un espace sécurisé, en commençant par de très courtes sessions dans un environnement calme. Vous pouvez également utiliser la technique du 5-4-3-2-1 pour ancrer vos sens dans le présent : identifiez cinq choses que vous voyez, quatre que vous touchez, trois que vous entendez, deux que vous sentez et une que vous goûtez. Cela peut aider à interrompre le cycle de l'anxiété.

Retrouver un lien sain avec votre art demandera un processus de recadrage et de nouvelles associations. Je vous propose une approche progressive. Commencez par écouter de la musique très différente de votre répertoire habituel, dans un contexte de détente. Ensuite, manipulez votre instrument sans l'intention de jouer, simplement pour renouer avec sa texture. L'objectif est de créer de nouveaux souvenirs sensoriels positifs qui viendront peu à peu recouvrir l'association traumatique. Une pratique guidée, comme jouer une seule note ou une gamme très simple en vous concentrant sur la sensation physique plutôt que sur le résultat musical, peut être un premier pas. L'idée est de déconstruire l'acte de jouer en micro-étapes neutres ou positives.

Affronter la culpabilité est un travail psychologique central. Cette culpabilité, bien qu'irrationnelle, est un sentiment très réel pour vous. Il peut être utile de l'examiner de l'extérieur. Écrivez les faits tels que vous les connaissez : vous jouiez de la musique, un spectateur a eu un malaise indépendant de votre volonté. Écrivez ensuite le récit que votre culpabilité vous raconte. La confrontation entre les faits vérifiables et le récit chargé d'émotion permet souvent de faire baisser la charge culpabilisante. Un exercice puissant consiste à imaginer ce que vous diriez à une amie dans la même situation. Vous lui témoigneriez sans doute de la compassion et lui rappelleriez qu'elle n'est pas responsable d'un événement médical imprévisible. Accordez-vous cette même compassion. La culpabilité est souvent un mécanisme pour tenter de retrouver un sentiment de contrôle sur un événement incontrôlable ; reconnaître ce mécanisme peut en diminuer l'emprise.

Il est essentiel de ne pas traverser cela seule. Je vous encourage vivement à consulter un psychologue spécialisé dans les traumatismes, qui pourra vous accompagner avec des outils comme l'EMDR ou la thérapie cognitive et comportementale centrée sur le trauma. Ces thérapies sont très efficaces pour désensibiliser les souvenirs envahissants. Parallèlement, le soutien de vos proches est important, mais il doit être éclairé. Vous pourriez leur expliquer que vous avez besoin de leur écoute sans jugement ni conseil hâtif, plutôt que d'entendre l'injonction à passer à autre chose. Votre passion est toujours en vous, elle est simplement temporairement obscurcie par le choc. Avec un accompagnement adapté et une grande bienveillance envers vous-même, il est possible de retrouver le chemin de votre art, peut-être même avec une profondeur renouvelée. Prenez soin de vous.

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