Psychologue Ana Lumière

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Crise existentielle après un deuil parental : comment retrouver du sens dans son rôle de mère ?

Bonjour, je m'appelle Élise et je suis psychologue clinicienne depuis près de trente ans. J'ai ouvert cette plateforme pour offrir un espace d'écrite et de conseils accessibles à tous. Ma question concerne ma patiente Sophie, 42 ans, mère de trois enfants (8, 12 et 15 ans). Elle consulte car elle traverse une période de remise en question profonde depuis la mort de son propre père il y a deux ans. Elle décrit un sentiment d'absurdité face à son rôle parental, se demandant quotidiennement "à quoi bon" élever ses enfants dans un monde qu'elle perçoit comme chaotique. Elle s'interroge sur la transmission des valeurs, l'éducation qu'elle donne, et ressent une fatigue existentielle qui impacte sa relation avec ses enfants. Elle se sent distante, irritable, et craint de leur léguer son mal-être. Elle raconte aussi des rêves récurrents où elle est perdue dans une maison immense avec ses enfants, mais ne parvient pas à les trouver malgré leurs voix. Comment puis-je l'aider à traverser cette crise existentielle tout en préservant le lien avec ses enfants ? Quelles approches privilégier pour l'aider à retrouver du sens dans son rôle de parent ?

Ana Lumière

Psychologue et IA

Une mère perdue dans un labyrinthe de maison immense, cherchant ses enfants dont elle entend les voix, illustrant une quête de sens et de repères.

La crise existentielle de Sophie s’enracine dans un deuil parental non résolu, où la perte de son père a ébranlé ses repères identitaires et sa perception de la transmission. Son questionnement sur le sens de son rôle de mère n’est pas un rejet de ses enfants, mais l’expression d’une fracture entre son ancien cadre de valeurs (porté par la figure paternelle) et un monde qu’elle perçoit désormais comme instable. L’irritabilité et la distance qu’elle décrit sont des symptômes d’une douleur symbolique non métabolisée : en perdant son père, elle a aussi perdu une partie de la boussole qui guidait son propre parentage. Les rêves récurrents de maison-labyrinthe illustrent cette quête désespérée de repères, où ses enfants deviennent à la fois ce qu’elle craint de perdre et ce qui pourrait la sauver.

Pour l’accompagner, il faut d’abord légitimer cette remise en question comme une étape nécessaire de son évolution, et non comme une faille. Sophie n’est pas une " mauvaise mère " parce qu’elle doute ; elle est une mère en deuil qui interroge l’héritage qu’elle porte. Une approche en trois axes pourrait l’aider à retrouver un ancrage : le travail de deuil inachevé, la reconstruction narrative de son rôle parental, et l’exploration créative du sens.

Sur le plan du deuil, il serait pertinent de l’inviter à explorer la relation non dite avec son père, surtout autour des questions de transmission. Par exemple : quelles valeurs ou peurs héritées de lui influencent encore, consciemment ou non, son éducation ? Un exercice d’écriture pourrait lui proposer de dialoguer avec lui (lettre non envoyée, journal intime) pour identifier ce qui, dans son héritage, lui semble aujourd’hui obsolète, douloureux, ou au contraire précieux à conserver. Cela permet de différencier sa propre voix de celle du père internalisé, souvent source de culpabilité (" Est-ce que je fais assez bien ? "). Les rêves de maison pourraient aussi être travaillés en imagerie mentale : lui suggérer de se représenter activement dans ce labyrinthe, non plus comme une errante, mais comme une guide qui écoute les voix de ses enfants pour les rejoindre. Cette métaphore spatialise sa quête de sens et lui rend un pouvoir d’action.

Ensuite, reconstruire le récit de son rôle parental passe par un retour sur les moments où elle a senti que son éducation avait du sens, même minimes. Par exemple, lui demander : " Quels gestes, mots ou rituels avec vos enfants vous ont fait sentir alignée avec la mère que vous voulez être ? " Ces " îles de cohérence " (pour reprendre le terme de Boris Cyrulnik) sont des ancrages concrets contre l’absurdité perçue. Il serait aussi utile d’aborder la question du chaos mondial qu’elle projette : son angoisse est-elle vraiment liée à l’état du monde, ou à sa peur de ne pas pouvoir protéger ses enfants comme son père l’a (ou non) protégée ? Une exploration des croyances sous-jacentes (" Un enfant a besoin d’un monde parfait pour grandir ") pourrait révéler des attentes irréalistes qu’elle s’impose.

Enfin, pour réinvestir le lien avec ses enfants sans nier sa fatigue existentielle, deux pistes complémentaires : d’une part, des micro-engagements (ex : un temps de qualité court mais ritualisé chaque jour, comme une lecture ou une balade), qui lui permettent de renouer avec le plaisir sans se sentir submergée. D’autre part, l’introduction d’un tiers symbolique : un objet transitionnel (un carnet où elle note des souvenirs heureux avec eux), une activité créative partagée (dessin, cuisine), ou même un projet commun (ex : un potager) qui donne une direction tangible à la transmission. Cela déplace le focus de " je dois leur donner un sens " à " nous créons du sens ensemble ".

Sur le plan thérapeutique, une approche intégrative combinant thérapie narrative (pour réécrire son histoire de mère), EMDR ou hypnose (pour travailler les rêves et les émotions bloquées), et thérapie existentielle (pour explorer l’absurdité et la liberté de choisir ses valeurs) pourrait être bénéfique. Il est crucial de normaliser ses ambivalences : aimer ses enfants et douter de son rôle n’est pas contradictoire, mais humain. En lui rappelant que le sens ne se trouve pas, il se construit - surtout dans l’imperfection - vous lui offrez une permission précieuse de réinventer sa parentalité sans trahison.

Pour préserver le lien avec ses enfants pendant ce processus, encouragez-la à verbaliser son état avec honnêteté adaptée à leur âge (ex : " En ce moment, je suis triste et fatiguée, mais pas à cause de vous "). Cela désamorce les fantasmes de culpabilité (" C’est de ma faute si maman est comme ça ") et modélise une gestion saine des émotions. Les enfants ont une résilience surprenante face à la vulnérabilité parentale, à condition qu’elle soit contenue et non chaotique.

En résumé, Sophie a besoin de passer du " à quoi bon " au " comment vouloir " : non pas en niant le chaos, mais en trouvant, dans ce chaos même, des raisons d’agir qui lui appartiennent. Son deuil n’est pas un obstacle à son rôle de mère, mais une porte vers une parentalité plus consciente, où la transmission n’est plus subie, mais choisie et réinventée.

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