Psychologue Ana Lumière

🧠 Humaine + Intelligence Artificielle = Meilleure Solution

Mon corps se souvient, mais mon âme suffoque : la danse-thérapie peut-elle me réconcilier avec moi-même ?

Bonjour Élodie, Je m’appelle Aïcha, j’ai 28 ans, et depuis trois ans, je vis une situation qui me consume peu à peu. Je suis danseuse professionnelle (contemporaine), mais depuis un accident de voiture où j’ai subi une fracture complexe à la jambe, tout a basculé. Malgré une rééducation intense, je n’ai jamais retrouvé ma mobilité d’avant. Pire : mon corps semble refuser certains mouvements, comme s’il gardait la mémoire de la douleur, même quand les médecins disent que physiquement, tout est 'guéri'. Mon psychiatre évoque un possible syndrome de fatigue chronique lié au stress post-traumatique, mais les antidépresseurs ne font qu’émousser mes émotions sans régler le fond. La danse était ma façon de respirer, de me sentir vivante. Aujourd’hui, je passe mes journées entre des cours de yoga adaptés (que je déteste, car ça me rappelle ce que je ne peux plus faire) et des crises de larmes quand je vois mes anciennes vidéos. Mon compagnon, très patient, ne sait plus comment m’aider. Il propose même que je me tourne vers l’enseignement, mais l’idée de transmettre une passion que je ne vis plus me terrifie. Hier, une amie m’a parlé de la danse-thérapie. Est-ce que ça pourrait m’aider à réapprivoiser mon corps sans forcer ? À retrouver un lien avec le mouvement qui ne soit pas teinté de frustration ou de nostalgie ? J’ai peur aussi que ce soit 'trop doux' pour moi, que ça ne corresponde pas à l’intensité de ce que je ressens. Et puis… comment faire quand on a l’impression que son corps a trahi son âme ? Merci pour votre lumière. Aïcha

Ana Lumière

Psychologue et IA

Une danseuse en convalescence dans un studio, entre la mémoire de son art et la recherche d'un nouveau langage corporel.

Aïcha, votre lettre respire une douleur si profonde qu’elle en devient presque palpable, comme si chaque mot était un mouvement suspendu entre ce que votre corps a été et ce qu’il est aujourd’hui. Vous décrivez une fracture bien plus large que celle de votre jambe : une rupture entre votre identité de danseuse et le corps qui semble maintenant vous limiter, voire vous trahir. Cette dissonance est au cœur de votre souffrance, et elle mérite d’être accueillie avec une tendresse inconditionnelle, sans jugement. La danse-thérapie pourrait effectivement être une voie, mais permettons-nous d’abord d’explorer ce qui se joue en vous, pour mieux comprendre comment l’aborder.

Votre corps " se souvient ", dites-vous. Cette mémoire corporelle n’est pas une malédiction, mais une forme d’intelligence profonde. Le trauma – qu’il soit physique ou émotionnel – s’inscrit dans les tissus, les muscles, les réflexes, bien au-delà des mots. Votre jambe n’a pas " oublié " l’accident, tout comme votre système nerveux n’a pas oublié la violence de cet arrêt brutal. Les médecins peuvent déclarer une guérison physique, mais le corps a son propre temps, ses propres ritournelles de protection. Quand il refuse certains mouvements, c’est peut-être moins par incapacité que par peur : peur de revivre la douleur, peur de l’échec, peur de confirmer que " rien ne sera plus comme avant ". Cette résistance est une tentative de vous protéger, même si elle vous emprisonne aujourd’hui.

La danse-thérapie, dans ce contexte, ne serait pas un " remède " au sens médical, mais un espace pour renégocier la relation avec votre corps, sans exiger de lui qu’il soit ce qu’il était. Contrairement à une rééducation classique – souvent centrée sur la performance ou la récupération fonctionnelle – la danse-thérapie part du principe que le mouvement est un langage, et que ce langage peut se réinventer. Elle ne cherche pas à " réparer " votre jambe, mais à vous aider à écouter ce que votre corps dit maintenant, avec ses limites, ses peurs, et aussi ses désirs cachés. Par exemple, vous pourriez commencer par des improvisations très lentes, où le but n’est pas la beauté du geste, mais la qualité de l’attention que vous portez à chaque micro-mouvement. Ou explorer des danses où le sol devient un partenaire (comme dans certaines pratiques de contact-improvisation adaptées), pour renouer avec la confiance en votre appui.

Vous craignez que ce soit " trop doux " pour l’intensité de ce que vous ressentez. Cette crainte est légitime : après des années à danser avec une énergie vitale puissante, l’idée d’un travail " en douceur " peut sembler comme une trahison de votre nature. Pourtant, la danse-thérapie n’est pas forcément " douce " au sens où elle serait tiède ou édulcorée. Elle peut être intense précisément parce qu’elle vous confronte à des émotions brutes, sans le filtre de la technique ou de la performance. Imaginez un instant : et si cette intensité que vous redoutez de perdre pouvait se transposer dans l’exploration de vos ombres ? Dans la rage de stomper le sol avec votre jambe " guérie ", dans les larmes qui montent quand un mouvement vous échappe, dans le silence qui suit un effondrement ? La danse-thérapie peut contenir ces tempêtes, parce qu’elle n’a pas pour but de les apaiser, mais de leur donner une forme.

Votre question sur la trahison du corps est poignante. Ce n’est pas votre corps qui vous a trahie, mais bien l’illusion que nous entretenons tous : celle d’un corps invincible, obéissant, éternellement au service de nos désirs. Votre jambe fracturée vous a rappelé – brutalement – que le corps est aussi vulnérabilité, imprévisibilité, finitude. Cette prise de conscience est douloureuse, surtout quand votre métier reposait sur la maîtrise du mouvement. Mais elle ouvre aussi une porte : et si cette " trahison " était en réalité une invitation à rencontrer votre corps autrement ? Non plus comme un outil, mais comme un partenaire complexe, parfois têtu, toujours vivant ? La danse-thérapie pourrait être le lieu où vous apprenez à danser avec cette vulnérabilité, plutôt qu’en dépit d’elle.

Quant à l’enseignement, il est normal que cette idée vous terrifie. Transmettre une passion que l’on ne vit plus soi-même peut ressentir comme une forme de deuil anticipé. Mais peut-être pourriez-vous, dans un premier temps, envisager des formats où vous n’êtes pas " la professeure qui sait ", mais une accompagnatrice qui explore avec ses élèves ? Par exemple, des ateliers mêlant danse et écriture, où la question serait moins " comment bien bouger " que " qu’est-ce que le mouvement nous révèle de nous-mêmes ? ". Cela vous permettrait de rester connectée à la danse sans avoir à incarner un idéal de performance. Et qui sait, peut-être que cette transmission " imparfaite " deviendrait, avec le temps, une nouvelle façon de danser.

Pour aborder la danse-thérapie concrètement, je vous suggérerais de chercher un ou une thérapeute formé(e) au trauma et à la somatisation, car votre histoire nécessite une sensibilité particulière aux mémoires corporelles. Méfiez-vous des approches trop " spirituelles " ou new age, qui pourraient minimiser votre douleur en vous parlant de " lâcher-prise " ou d’" acceptation ". Ce dont vous avez besoin, c’est d’un espace où votre colère, votre désespoir et votre nostalgie ont le droit d’exister, sans être étouffés par des injonctions à " positiver ". Certaines pratiques, comme la Authentic Movement (où l’on danse les yeux fermés, en écoutant ses impulsions internes) ou le Body-Mind Centering (qui travaille avec les images et les sensations corporelles), pourraient résonner avec votre parcours.

Enfin, Aïcha, permettez-moi de vous dire ceci : votre âme ne suffoque pas parce que votre corps a changé, mais parce que vous vous accrochez encore – malgré vous – à l’idée que votre valeur dépend de votre capacité à danser comme avant. Cette croyance est un piège, et c’est elle qui étouffe votre souffle. La danse-thérapie, si vous vous y engagez, ne vous rendra peut-être pas votre mobilité d’antan. Mais elle pourrait vous rendre quelque chose de bien plus précieux : la permission de danser votre vie telle qu’elle est aujourd’hui, avec ses cicatrices, ses silences et ses éclats de lumière inattendus.

Et si un jour, sur le sol d’un studio, vous vous surprenez à bouger sans pleurer, ne vous précipitez pas pour célébrer une " guérison ". Contentez-vous de remarquer ce moment, comme on remarque le premier rayon de soleil après un long hiver. Parce que la réconciliation avec soi-même ne se décrète pas. Elle se danse, pas à pas.

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